lundi 8 novembre 2010

Parler de souveraineté, mais se placer sous tutelle
(Fadwa Nassar)


La violation récente par l’équipe d’enquête du TSL d’un cabinet médical féminin dans la banlieue sud de Beyrouth, sous prétexte de rechercher des informations pouvant servir à l’enquête, n’a été que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Elle n’est une affaire en soi que du point de vue de l’éthique médicale, éthique largement reconnue dans le monde, à l’exception de quelques Libanais qui, pour justifier l’attitude provocatrice de l’équipe de l’enquête, pérorent sur l’emprise des traditions dans certains milieux « religieux », stigmatisant une fois encore les sociétés attachées à leur dignité humaine.

Mais ce n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Car, au-delà de la vie privée des Libanais, c’est tout un pays qui est sous tutelle, depuis sa pseudo-indépendance, avec une insistance maladive de certaines classes politiques à l’y maintenir, ne se sentant nullement adultes ni capables de le gérer elles-mêmes. Cette tutelle a été paradoxalement voulue et souhaitée plus large et plus puissante par des couches immatures de Libanais, depuis la libération du sud du Liban et de la Bekaa ouest, en mai 2000.

Car la résistance du Hezbollah et sa victoire concrétisée par la libération de la majeure partie du Liban, la sérénité et la paix civile dans les zones libérées sont plus que ne peuvent supporter ces couches libanaises généralement habituées à ce que leurs actes et mouvements soient dictés par les grandes puissances. Puisque la libération a dérangé les grandes puissances, elles se sont senties dérangées! Il a fallu une nouvelle victoire en 2006 contre l’agression meurtrière sioniste pour qu’elles commencent à pousser les hauts cris, à la recherche de protecteurs : elles craignent que le Liban ne devienne maître de son destin et qu’il n’assume son devoir national envers la première cause de tout arabe, musulman et chrétien, la cause de la Palestine. Elles refusent obstinément de gagner cet honneur, d’autant plus qu’il s’agit d’affronter la principale cause de tensions, de guerres, de crimes, de destruction et d’anéantissement dans la région, l’Etat sioniste.

Ces couches infantiles libanaises ont peur d’être responsables: lorsqu’une partie du Liban a été occupée en 1978 puis en 1982, elles ont délégué la libération de leur pays aux Nations-Unies, à ce pseudo « légalité internationale » derrière laquelle elles se cachent chaque fois qu’elles veulent frapper un coup et élargir leur champ d’action, comme elle le font surtout depuis 2006. Cela pour les moins mauvaises. Quant aux autres, celles qui sont entièrement impliquées dans le bradage du pays, elles ont carrément, ou bien collaboré avec les envahisseurs sionistes ou bien signé un accord humiliant avec eux, plaçant le Liban, non sous tutelle internationale, mais directement sous occupation sioniste. Et ce sont ces forces ou couches libanaises qui parlent le plus haut et le plus fort de souveraineté !

Il est devenu clair, et depuis un certain temps déjà, que la victoire de la résistance islamique au Liban en 2006 contre l’agression criminelle sioniste, est insupportable pour une certaine classe politique au Liban et dans la région parce que cela dérange des pays européens et les Etats-Unis. La victoire de la résistance du Hezbollah a bouleversé l’équilibre régional, ce que craignent en fait tous ceux dont les intérêts s’appuient et dépendent de la supériorité militaire et dissuasive américano-sioniste. Depuis 2006, leurs complots se suivent les uns après les autres, mais échouent également les uns après les autres. Les agents locaux de la domination américano-sioniste, à des degrés divers, fomentent troubles après troubles, pour impliquer le Hezbollah et laisser le champ libre à une nouvelle agression sioniste. Le TSL, tel qu’il a été conçu, fut dès le début un outil de cette domination pour infiltrer et noyauter la société libanaise dans son ensemble, sous prétexte de vouloir rechercher les assassins de Rafiq Hariri.

Ce qui a, en réalité, suscité le plus grand mécontentement des américano-sionistes et de leurs alliés locaux et régionaux et probablement précipité les provocations et les déclarations de guerre, fut la visite historique et couronnée de succès du président iranien au Liban avec tous les symboles qu’elle comporte. Lors de cette visite, bien qu’officielle, les américains et les sionistes n’ont pas caché leur exaspération, sinon leur colère, d’autant plus qu’elle est intervenue dans un contexte régional où les forces américaines subissent défaites et déconvenues, en Irak et en Afghanistan et que la Turquie est en train de quitter rapidement le navire américano-sioniste. Mais il semble bien que les effets de cette visite ne se soient pas évaporés, puisque la tempête déchaînée par la « communauté internationale » contre l’axe de la résistance ne fait que commencer, au Liban, balayant les ententes régionales qui ont garanti jusqu’à présent la paix civile au Liban, et principalement l’entente syro-saoudienne . C’est dans ce contexte qu’intervient la provocation de l’équipe d’enquête du TSL et des réactions qui l’ont suivie.

Alors que l’épuration ethnico-religieuse bat son plein dans al-Qods, au moment même où la population d’Umm al-Fahem subit un assaut sauvage et raciste, alors que les colons en Cisjordanie tuent, agressent, violent les propriétés et incendient les lieux sacrés, tous les jours, la « communauté internationale » détourne son regard complice de ce qui se passe en Palestine mais s’émeut et s’indigne lorsque quelques femmes de la banlieue sud de Beyrouth bousculent des enquêteurs mandatés par le TSL, venus violer leur intimité dans une clinique médicale.

Depuis l’instauration du TSL, c’est le pays en entier qui est pris en otage par les puissances de la « communauté internationale » et par l’Etat sioniste. Les renseignements d’ordre privé qu’il a réussi à obtenir jusque là, grâce à la généreuse collaboration des « souverainistes » et du pouvoir judiciaire qui s’est volontairement inféodé à sa volonté, sont de toute nature et touchent à tous les domaines de la vie des Libanais, sans aucun rapport cependant avec l’enquête en cours: les universités furent sommées de livrer la liste de leurs étudiants, les caisses d’assurance maladie, la liste de leurs adhérents, et il en de même pour les centres de délivrance des permis de conduire, les centres de délivrance des passeports, sans compter les centres de télécommunications qui ont remis, au TSL ou directement aux services israéliens par le biais des espions, la liste de leurs abonnés et les données de leurs communications.

Seules, et encore, ce qui fut jadis appelé « républiques bananières » pour parler de ces entités pseudo-indépendantes d’Amérique centrale mais gérées par les USA, ont été aussi dévoilées aux puissances étrangères, mais cela ne semble pas du tout inquiéter les « souverainistes » du Liban qui ont choisi de discourir, jusqu’à soulever la nausée, des droits fondamentaux de l’homme et de la souveraineté de leur pays.







Lorsque la commission d’enquête se discrédite elle-même…
(Soraya Hélou)

A mesure que le temps passe les choses deviennent plus claires. Toutes les explications qu’avait préparées le secrétaire général du Hezbollah Sayed Hassan Nasrallah pour justifier la méfiance de la résistance à l’égard de la commission d’enquête internationale et du TSL sont devenues inutiles depuis l’irruption musclée d’une délégation de cette commission dans la clinique gynécologique du Dr Iman Charara. Bafouant toutes les coutumes libanaises et musulmanes en particulier, ainsi que toutes les règles déontologiques et le respect du secret médical et de la vie privée, les membres de la commission internationale ont voulu fouiller les dossiers soigneusement rangés par la gynécologue pour se procurer les adresses, les numéros de téléphones et même les détails privés des épouses, mères ou filles de cadres du Hezbollah. Selon certaines informations, les membres de la commission d’enquête auraient voulu aussi savoir à travers les secrets des dossiers médicaux la fréquence des visites des cadres du Hezbollah aux membres de leurs familles. Et en même temps, alors que le Hezbollah et l’opposition en général poursuivent leur campagne contre le contenu annoncé de l’acte d’accusation du procureur Bellemare, la commission d’enquête internationale a voulu frapper un coup dur, en montrant qu’elle est en mesure d’effectuer une perquisition au cours de la banlieue sud. En prélude sans doute à ce qui devrait arriver après la publication de l’acte d’accusation annoncé, lorsque certains membres du Hezbollah seraient convoqués devant le TSL et refuseraient de répondre à cette sommation.

C’est donc en toute connaissance de cause que la délégation de la commission d’enquête internationale a investi la clinique du Dr Iman Charara en plein Haret Hreik croyant pouvoir ainsi faire d’une pierre deux coups: obtenir d’une part les informations demandées et montrer qu’elle peut agir dans le fief du Hezbollah. C’est aussi en toute connaissance de cause et sans le moindre remords qu’elle a choisi de violer les secrets médicaux et de bafouer la vie privée des gens, n’hésitant pas à recourir à des moyens illégaux et non reconnus par aucune justice dans le monde pour faire « avancer son enquête ».

Mais c’était compter sans la colère des femmes, patientes du Dr Charara et qui se trouvaient dans la clinique attendant leur tour de consultation. C’était compter aussi sans la révolte de l’ensemble de la communauté chiite et même de la plupart des Libanais face à cette violation flagrante des coutumes locales et du secret de la vie privée.

Par cette action, qui rappelle étrangement les perquisitions des soldats américains en Irak ou en Afghanistan lorsqu’ils font irruption dans les maisons ou interrompent les cérémonies familiales sans le moindre respect pour les présents, la commission d’enquête internationale a rendu un immense service à ses détracteurs. Ceux-ci n’ont même plus besoin de peaufiner leurs arguments pour chercher à convaincre l’opinion publique libanaise, arabe et musulmane notamment, de la nécessité de se méfier du TSL car il est politisé. C’est d’ailleurs pourquoi Sayed Nasrallah a prononcé à cette occasion son discours le plus court, se contentant de constater les faits si clairs dans leur évidence… Cette action d’éclat a en tout cas montré clairement les véritables intentions des enquêteurs et à travers eux du TSL ainsi que leur mépris pour les pratiques musulmanes et pour les règles élémentaires du respect de l’autre. Elle a aussi ridiculisé la démarche des enquêteurs qui cinq ans après le début de l’enquête continuent à chercher des numéros de téléphones et des adresses par des moyens aussi désespérés. Qu’ils en soient réduits après tout ce temps à utiliser de tels procédés montre leur incapacité à trouver les éléments souhaités par les moyens traditionnels ainsi que la pauvreté des éléments déjà en leur possession. En voulant faire peur et impressionner la banlieue sud, la commission d’enquête s’est totalement discréditée et a braqué une grande partie des Libanais contre elle. Qu’elle continue comme cela et bientôt, l’acte d’accusation annoncé ne sera qu’une coquille vide à l’image de ceux qui le manipulent…

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