mardi 19 janvier 2010

L’art de fausser le débat
(Extrait de l’article)
Par Michel HAJJI GEORGIOU
18/01/2010



Feuille de route

Il y a quelque chose de parfaitement hypocrite dans le débat actuel sur l'abolition du confessionnalisme politique. C'est à croire que toutes les questions politiques fondamentales sont condamnées à être constamment traitées, au Liban, sous l'angle le plus superficiel qui soit. Sans doute s'agit-il là d'une sorte de fatalité pour le pays du Cèdre, compte tenu de l'extraordinaire médiocrité de sa classe politique...

Le débat initié par le président de la Chambre offre une illustration parfaite de la supercherie que doit subir en permanence l'opinion publique. En guise de débat politique et citoyen, l'opinion publique a une fois de plus strictement droit à de l'ineptie politicienne, sinon quasi milicienne. Existe-t-il en effet affaire plus importante à discuter, au regard d'une communauté politique, que le cadre général institutionnel qui régit son existence même ? Alors pourquoi aborder, une fois de plus, de la manière la plus ringarde qui puisse être, un problème qui devrait donner lieu à une véritable réflexion sur le sens de ce pays, ses valeurs, le visage que ses fils voudraient lui donner dans les années à venir et qu'il faudrait commencer à façonner. Que l'homme cherche à se donner en permanence l'allure du grand méditatif de la République, de se faire passer pour cette clef incontournable du système qui lance les grands débats et mène les médiations historiques - en bref, à recréer en permanence la fonction qui est la sienne dans le système et qui est assurée sur le terrain politique et dans les faits par les bonzes du Hezbollah -, cela est de notoriété publique. Mais il faudra que le principal concerné se rende bien compte un jour de la vanité de sa stratégie et cesse de transposer son impasse personnelle au niveau de la nation tout entière et de dissimuler sa propre crise sous de grands thèmes politiques…

La démarche de Nabih Berry se réduit en effet à une idée maîtresse désarmante (c'est le cas de le dire) de simplicité : faire oublier la question des armes du Hezbollah en posant « le » problème qui divise, mais qui est lui aussi mentionné dans l'accord de Taëf, en l'occurrence l'abolition du confessionnalisme politique…

L'intérêt de la démarche de Nabih Berry aujourd'hui, c'est qu'elle permet au 8 Mars de revêtir les oripeaux d'une certaine modernité, en réclamant une « modernisation » du système politique. La puissance des armes n'ayant pas suffi à persuader des « bienfaits » de la répartition du pouvoir par tiers, voici venu le temps de jouer la carte pseudo-laïciste, en réclamant l'abolition du confessionnalisme politique, pour tenter de consacrer institutionnellement le pouvoir du Hezbollah. Le seul avantage de la démarche Berry, dans ce sens, c'est qu'elle reconnaît et consacre l'échec du Hezbollah, jusque-là, à vouloir modifier le paysage politique par la seule puissance de ses armes, et ce malgré l'expédition punitive de mai 2008 et l'utilisation des armes à l'intérieur.

La revendication de l'abolition du confessionnalisme politique tente ainsi de placer le 8 Mars dans la continuité d'un axe altermondialiste, et dans la lignée d'une rhétorique néomarxiste qui devrait lui inspirer la sympathie d'une partie du monde. Le Hezbollah joue d'ailleurs le même jeu habile : il suffit de voir de quelle manière il a travesti son projet islamique (il faut relire dans ce contexte la « Lettre aux opprimés » de 1985) derrière ce même discours altermondialiste dans son document politique de 2009, sous le même slogan trompeur d'une pseudo-« solidarité des opprimés » pour réaliser des lendemains qui chantent...

Le fait d'ôter les garanties dont bénéficient les autres communautés et de rétablir la règle de la majorité sur des bases non confessionnelles permettrait surtout au Hezbollah, dans le plus pur esprit confessionnel, de réclamer la majorité au sein du système et de demander son dû à l'Occident…

Le pire, la grande supercherie, c'est que la proposition de l'abolition du confessionnalisme politique émane ainsi de deux des forces ultraconfessionnelles - Amal et le Hezbollah - qui abusent le plus des avantages de ce système et qui contribuent le plus à sa perversion…

L'une des grandes catastrophes du système confessionnel, c'est qu'il contribue, dans sa dérive, à mettre en place un despotisme communautaire… C'est-à-dire qu'il suffit à une force politique d'être suffisamment puissante…pour s'imposer comme la seule et unique faction à même de s'exprimer au nom de sa communauté, d'opérer donc, sous le couvert d'un slogan politique, un véritable rapt politique de la communauté, transformée ainsi en instrument risible aux mains du parti et de ses objectifs politiques. C'est ce qui a fait la force du mouvement Amal, sous le couvert du slogan des déshérités comme instrument de mobilisation sociocommunautaire depuis les années 70, et c'est ce qui fait aujourd'hui la puissance du Hezbollah, sous le prétexte de la résistance, lequel permet de conserver les armes qui assurent, par le sentiment de la puissance, la cohésion de la communauté.

Mais le pire sans doute sur ce plan, le plus criminel, reste que la proposition Berry, parce que politicienne à outrance et effectuée dans le mépris total du bien commun, contribue à bloquer toute discussion sérieuse sur une réforme du système politique libanais, sérieusement sclérosé depuis deux décennies. Car se retrancher derrière des arguments communautaristes pour rejeter la logique communautariste du Hezbollah ne contribuera pas à régler le problème, mais à hâter encore plus la désagrégation du système libanais.

Pour faire face à cette manœuvre confessionnelle qui se cache sous une image de modernité, il convient, une fois de plus, de brandir la revendication axée sur les droits de l'individu et du citoyen qui fait absolument horreur aux partis totalitaires et monolithiques, et qui est le seul véritable gage de la modernité.






Réponse de Raymond RICHA
18/01/2010
L’art de falsifier l’Histoire de son peuple


Est un fait rare au Pays des Cèdres le courage de l’homme politique qui consent que l’évolution des idées et de la lettre est en permanence dictée par le mouvement de l’Histoire. Ce courage devra être salué.


Avouez que nos courants politiques adeptes de l’ultra et du néo libéralisme, au-delà de leurs pompeux et hypocrites discours à propos du changement et de sa nécessité, ne pourront jamais admettre l’autocritique et reconnaître le mouvement historique de leur peuple.


Ils ne le feront jamais car objectivement le courage d’admettre le moindre fait historique est le préalable à la logique qui sapera inéluctablement les fondements de leur dogme : l’idéologie capitaliste, et qui abolira tous leurs privilèges si chers à eux.

Ils ne le feront surtout pas aujourd’hui et en ces moments où leur système s’ébranle au niveau mondial, avec ses prolongements et se répercussions au Liban.

Quant à leurs intellectuels, ils devront, par leur plume, étaler leur logique métaphysique ignorant la réalité historique et son mouvement permanent. Toutes les stratégies de camouflage, de désinformation, de matraquage et de diffusion de contre vérités feront bonne recette.

Ainsi, nous devinerons dans leurs différentes lettres et à travers leurs mots gonflant d’hypocrisie, cette redoutable logique de réduire la réalité à sa plus simple expression et de la montrer comme si elle est le fruit de la seule conscience de tel ou tel autre personnalité politique : Le rôle historique des opprimés dans la genèse des mouvements politiques exprimant leurs revendications est délibérément ignoré, comme également est ignoré le rôle historique de ce peuple dans le déclenchement de la première flamme de la Résistance.

Tout est mis en œuvre pour faire croire à notre peuple que l’œuvre et l’acte n’ont jamais été de ses faits ; ainsi, notre Sud Populaire, ce Sud abandonné dans ses souffrances et dont la demeure fut toujours en proie de l’ennemi sioniste, ce Sud Populaire abandonné par l’expression juridique et politique du système, à savoir l’État, avait, dans son combat face à une bourgeoisie qui l’avait ignoré, payé de son sang et c’est bien ce sang qui a fait, par nécessité de survie, émerger non seulement les organisations politiques censées exprimer ses revendications tant économiques et sociales que patriotiques, mais aussi l’organisation armée de sa Résistance, toutes composantes confondues.

Comme également, les claquements des premières balles résistantes dans Beyrouth occupée, alors que la classe politique au pouvoir collaborait avec l’Occupant jusqu’à commanditer le massacre d’innocents à Sabra Chatila, furent l’œuvre d’une volonté populaire de résister à l’Occupant et l’appel à la résistance ne fut que son expression politique.

L’intellectuel adepte de l’ultra libéralisme ne mettra jamais en exergue la réalité historique que façonne son peuple ; il a tout intérêt à la camoufler.

Et voilà, tout fier de lui qu’il déballe à travers ses écrits ses crachats haineux à l’encontre du moindre courage d’autocritique exprimé. Nul besoin de démontrer qu’objectivement, il a et il aura toujours ce rôle d’acteur dans la lutte des classes en tant qu’intellectuel défendant le système ultra libéral moulé, par nécessité de survie, dans le moule du confessionnalisme politique.


Cependant, il a su viser, à travers ses propos, l’essentiel dans l’actuelle évolution de l’expression politique : La Résistance s’inscrit dorénavant dans cet immense mouvement des peuples à travers le monde pour leur dignité et leur liberté.

C’est bien à la fois cette évolution permanente de notre conscience, tant individuelle que collective et cette dynamique forte par son universalité et sa capacité à mobiliser les solidarités des peuples dans leur combat face à la mondialisation des méfaits du néo libéralisme et de ses valets à travers le monde qui l’irritent et qui le rendent furieux à travers ses écrits.


Cette conscience évoluant en permanence et cette dynamique universelle l’ont forcé à réagir car il sait qu’elles sont les préalables conditions, certes non suffisantes, mais nécessaires, à l’émergence du changement dans notre pays.


Pour conclure, renvoyons à l’auteur la conclusion de son article, réajustée par souci de contredire son intention non avouée :

« Il convient, une fois de plus, de brandir avec courage la revendication axée sur les droits de l'individu et du citoyen qui fait absolument horreur à la classe politique ultra libérale aux abois, et qui est le seul véritable gage de la modernité. »





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