samedi 22 août 2009

IL ETAIT UNE FOIS ANSAR

Liban Résistance dédie cette page de l’Histoire Contemporaine du Liban à toutes et à tous, aujourd’hui détenus dans les geôles de l’Occupation, en Palestine occupée, ainsi qu’à leurs familles et amis.




Ci-dessous, un essai de traduction pour les francophones, parmi nous


Il était une fois, au Liban Sud, Ansar, un haut lieu de détention ; les détenus étaient des résistants et des partisans de la Résistance Libanaise…
Aujourd’hui, plusieurs Ansar sont implantés en Palestine occupée ; les détenus sont des résistants et, comme cela ne suffisait pas, des femmes, enfants et vieillards…




Ansar des barbelés…, des tentes dressées…, des tours de contrôle…, des gardiens…, nouvelle ville habitée par des milliers de détenus…, vile de la peur et de la répression…, ville nommée « Camp d’Ansar », un camp très loin qu’on oublie ou qu’on impose son oubli, ainsi nous vivons dans nos petites détentions…
Ce camp très lointain étale sur nous son ombre ainsi que les voix qui proviennent de l’autre côté des barbelés, comme si nous y étions ou comme si ce là-bas est ici, comme si toute chose pénètre dans toute chose et ainsi nous devenons simultanément détenus et Ansar…



Le tortionnaire les avait amené des villes, des villages et des camps de réfugiés occupés…, Il les avait transporté les yeux bandés et les mains menottées…, il les avait conduit d’une souffrance à une autre et leur séjour dans ce camp fut long…

Ansar est la ville-camp dans laquelle ces milliers d’hommes vivent leur vie d’attente, trompent le temps et patientent…Ils vivent en rêvant…Ils tentent de ne pas oublier en gravant dans leur mémoire, la nôtre, la nouvelle, les récits du tortionnaire et de sa victime…Ils gravent leurs mémoires dans les nôtres afin que nous n’oublions pas et nous n’oublierons jamais qu’Ansar fut ce récit de la quotidienneté du Sud…

Quelques uns parmi eux sortent de ce camp pour y revenir ; d’autres n’y sortiront jamais et d’autres y rentreront, comme si ce camp était une miniature de Sud du Liban ou encore une miniature de cet immense monde arabe, muet, incapable de se prononcer ou de contester…

Ces hommes dans ce camp, plongés dans un froid et dans les maladies, crient les récits de leurs révoltes qui commencent à franchir les barbelés : Eid Al Adha, début des mois de pluie, fête de l’Indépendance, et encore d’autres, méconnus jusqu’au moment où les tirs et les balles que les paysans des environs entendent nous les racontent…

A la fête de l’Indépendance, ils étaient la vraie fête ; ils avaient chanté les hymnes et avaient porté les torches ; ils étaient plus libres que nous.
Ils étaient encore plus beaux que leur liberté interdite. Dans ce camp, ils avaient animé des flammes que l’Occupation tentait d’étouffer…

Toute une vie oubliée, celle d’une génération et de plusieurs générations qui avaient connu le vrai sens de l’Occupation…



Je suis l’homme solitaire qui voit et ne regarde pas…Ils questionnent et je réponds…ou encore je ne réponds pas et alors ils me crucifient…Ils crient alors : crucifiez-le…et ils me crucifient sans une croix et sans la présence d’une femme…Mais, le Soleil est au rendez-vous et s’écroule par terre ; mon visage en flamme s’écroule à son tour…

Je suis un homme d’Ansar ; je suis celui qui voit…les ténèbres qui m’entourent…Je vous ai vus et nous étions tous ensemble…Aucun parmi nous n’avait manqué au rendez-vous, même ceux qui étaient tombés sans que personne ne les ai enterrés…

Ils étaient venus lorsqu’ils nous avaient arrêtés…Je les ai vus se redresser et essuyer de leurs manches leurs tâches de sang …Et lorsqu’ils nous avaient amenés les yeux bandés, nous vîmes tout…

Lorsque j’avais eu soif…, une pensée allait déjà vers les yeux que j’avais quittés…, et je n’avais pas pleuré…

D’une fosse à une autre, je marchais avec vous…, également d’un interrogatoire à un autre…

Je n’ai pas oublié et je n’oublierai jamais, le visage du combattant mourant ou celui d’un homme de Tyr noyé dans ses habits tomber comme un tas d’habits ou encore celui d’un enfant de Qana défiguré, ses yeux fixés vers les lointains…

Je suis l’homme d’Ansar, espace où les jours se noient dans les jours, où les barbelés pénètrent les yeux…, et où les yeux sont plus larges que la Terre…

C’est ici que nous débutons…Le voyage commence…Les voix s’élèvent…Les barbelés s’élèvent…Egalement leurs balles…
Vous venez quand bon vous semble, amis…




Cette ville-camp tente de rechercher des formes de survie…les détenus tentent l’attente et espèrent que là-bas, au bout du tunnel de cette longue attente, quelqu’un debout les attend…

Mais alors, pourquoi nous les oublions ou ignorons…Nous les ignorons car la peur pousse les gens à vivre dans des conditions minima ou encore en-dessous de ces conditions…C’est l’instant dominant sous l’Occupation…Nous les oublions car les guerres civiles ne cessent de nous déchiqueter et nous dévorer…Nous les oublions car les massacres vengent de massacres…Nous les oublions car la mort nous transforme en fantômes vivant dans les ténèbres de l’Occupation ou dans la peur de cette occupation…Nous les oublions car nous nous oublions et nous ignorons nos visages et nos bras…

Parce que nous oublions et malgré cet oubli, eux n’oublient pas…
Dans Ansar, des yeux et Ansar est le camp de ces yeux assoiffés d’amour et de liberté…Dans Ansar, des bras sont toujours levés racontant leur liberté et guidant leur recherche de la liberté…
A Ansar des détenus non reconnus comme tels, des humains non reconnus comme tels…

Dans Ansar, nous tous pénétrons avec eux ces tentes basses, vivant l’humiliation quotidienne…




Pour nous et pour ceux qui vivent en dehors des barbelés, pour qu’elle ne se transforme pas en un grand mensonge, cette terre est à nous et nous n’accepterons jamais qu’elle se transforme en une grande prison meurtrière…

Ainsi, D’Ansar à Beyrouth, se prolonge le tunnel de l’attente… D’Ansar à Beyrouth, des hommes se redressent propageant leur ombre pour couvrir le Liban tout entier.

Aucun commentaire: