mercredi 8 avril 2009

un concept qui fait trembler les puissances...

Une Palestinienne fait la cuisine près des ruines de sa maison détruite par les forces israéliennes d'occupation dans le village d'Abassa, près de Khan Younis, au sud de la Bande de Gaza (photo PCHR)


Le concept de résistance civile
Par Natalie Abou Shakra




Natalie Abou Shakra est une militante libanaise de 21 ans. Elle est arrivée à Gaza avec le 5ème bateau du mouvement Free Gaza. Elle fait partie de ce mouvement, ainsi que de l’International Solidarity Movement (ISM). Elle est diplômée en Anthropologie et Sociologie de l’Université américaine de Beyrouth.


Nous vivons dans un monde très déséquilibré, où la langue, l’habillement, la technologie, l’éducation, la nourriture, les médias et autres aspects de la vie postmoderne sont dictés par quelques-uns et imposés sur beaucoup, le reste du monde.





Ces quelques-uns décident du courant des politiques et dictent comment le monde doit tourner autour d’elles.





Ces quelques-uns n’accepteront la résistance à aucun prix.





Je viens d’un pays qui a, depuis 1982, la dernière occupation israélienne, officiellement créé une résistance paramilitaire. Bien qu’elle soit une résistance armée, la (résistance) libanaise est une résistance protéiforme. C’est une culture de résistance, contre toute forme de colonialisme, d’occupation et, plus important, le pire de tous les maux, l’impérialisme.





Pendant la guerre contre le Liban, une autre forme de résistance, émanant des citoyens ordinaires, a réussi à voir le jour. Ceci s’est passé entre juillet-août 2006, un groupe de militants locaux et internationaux a décidé de « résister » aux bombardements israéliens, les défiant en conduisant toute une série de véhicules vers le Sud du Liban pour aider les déplacés intérieurs.


Ce mouvement a été appelé la Campagne de Résistance Civile et son objectif était de défier le siège israélien au Liban pendant les frappes, de tous les moyens que les citoyens jugeaient possibles.





En 2006, un autre siège a également été imposé à la population, cette fois plus sauvage, et s’étendant jusqu’à aujourd’hui. Le siège sur les citoyens palestiniens dans la Bande de Gaza a été imposé comme punition collective sur près d’un million et demi d’âmes, à cause de leur choix du gouvernement démocratiquement élu.


Pour les quelques-uns qui dominent le monde, la seule faute que ce gouvernement a commise est que c’était et que c’est une résistance – qui résistait aux quelques-uns et à leurs décisions, à leurs formes indirectes et directes de néocolonialisme, d’occupation et d’impérialisme.





A nouveau, le 8 août 2008, le monde a été témoin d’un événement historique venant d’un groupe de militants du monde entier, qui ont résisté non violemment. Ils ont résisté à la punition collective et au siège illégal de l’Etat israélien d’apartheid. L’énorme illusion de puissance qu’Israël-apartheid donnait au monde, encore une fois, comme en 2006 avec la guerre contre le Liban, fut brisée.





Le 20 décembre 2008, sept jours avant les attaques israéliennes génocidaires et la stratégie de nettoyage ethnique dans la Bande de Gaza, un nouveau groupe de militants et de journalistes débarquait dans le port de Gaza. Il y avait aussi à bord la première délégation arabe, composée de Libanais et de Qataris.





Pendant les sept jours précédents les attaques, depuis mon arrivée sur une terre occupée, au milieu d’un peuple assiégé, puni collectivement, j’ai écouté et j’ai vu ce que le blocus avait engendré. Un bantoustan de la pire espèce : un camp de concentration avec une vague à venir de massacres. Un bantoustan avec des tunnels allant en Egypte qui ont permis au peuple de survivre, qui continue à survivre, et un génocide lent, ignoré du monde ; pendant ces sept jours, il y a eu des agressions hebdomadaires, sinon quotidiennes, contre des civils comme les fermiers et les pêcheurs, et si vous épluchez les chiffres relevés par les observateurs des droits de l’homme dans la Bande, vous lirez aussi l’assassinat continu des enfants.





Je suis restée avec une famille palestinienne pendant les attaques. Ensemble, nous avons partagé une pièce sous les bombardements. Nous avons dormi par terre, dans la pièce la plus éloignée de la façade de l’immeuble pour minimiser la dévastation des frappes. Nous étions quatre, les parents, leur enfant et moi.


La nuit, lorsqu’il était impossible de dormir, nous entendions les drones de surveillance, avec leur bourdonnement effrayant au-dessus de nous, puis les F16 et les F35 ont bombardé un secteur à côté… et la même chose chaque nuit, pendant 21 nuits…





Pendant les attaques, j’ai accompagné les ambulances du Croissant Rouge, qui n’ont pas été épargnées par les attaques des forces israéliennes d’occupation. 16 secouristes ont été tués pendant les attaques des FIO contre les ambulances. Il n’y avait aucun endroit sûr, dans ce plus grand camp de concentration de l’histoire moderne. Auschwitz et Varsovie peuvent-ils se répéter ? Oui, ce fut le cas.





Personne autour de moi n’était capable de comprendre l’étendue de la sauvagerie. C’était des meurtres au hasard, avec une connotation racialement discriminatoire, et une haine aveugle, ignorante. Le pire, c’était que le monde s’est tellement habitué aux morts des Arabes, des Irakiens aux Palestiniens, que leur nombre croissant s’est ajouté au manque de réponse.





A Gaza, à regarder les reportages des médias internationaux, beaucoup ont dû penser qu’il y avait une armée à Gaza. « Où est l’armée palestinienne ? », a demandé un commentateur. Il n’y a pas d’armée palestinienne. Il n’y a pas d’armes nucléaires dans la Bande. Il y a des combattants de la résistance, avec des fusils à la main, et un nombre minime de roquettes Grad du modèle de celles qui furent produites en URSS dans les années 1960, qui quelquefois retombent sur ceux qui les lancent.


Est-ce qu’on peut les considérer comme une armée, contre la plus grosse puissance nucléaire de la région ?... Israël-apartheid n’est pas seulement la plus importante, mais aussi la plus destructrice des puissances nucléaires de la région.





Dans la maison où j’étais, le petit garçon chantait pendant la guerre… il chantait pour dormir, il chantait pour combattre les secousses de notre immeuble et les bris des vitres… l’air froid la nuit et le bruits des navires de guerre, des avions de combat, des chars et des snipers autour de nous… si proches, la mort était si proche.


Je n’avais aucun courage, sinon pour ce petit garçon.


Je n’avais aucun courage pour faire face à tous ces engins de guerre, cette tragédie.
Nous avons ri pendant les bombardements. Oui, il y a eu des fous rires. Nous nous moquions des Israéliens. Lorsqu’ils frappaient, nous discutions du type d’arme utilisé.


Nous sommes maintenant des experts es-guerre de l’Académie Palestinienne de 61 ans de génocide lent et nettoyage ethnique planifié.





Les gens plaisantaient sur moi, me taquinaient, disant que c’était moi, la Libanaise, qui avait apporté la guerre depuis le Liban jusqu’ici.





Comme d’autres secteurs, Tal El-Hawa, ma rue, a été envahie par les forces d’occupation. Ils sont arrivés dans notre rue, avec leurs chars. Notre immeuble a été bombardé, les 7ème, 8ème et 5ème étages. Nous n’avons su que c’était notre immeuble que le lendemain, quand nous avons pu mettre un pied dehors. Nous avons découvert une rue de gravats, de poussière et de ruines.


L’immeuble du Croissant Rouge, en face du nôtre, avait complètement brûlé, avec l’entrepôt contenant des médicaments et des tentes dévasté, avec son contenu.


J’ai marché la nuit, sous les bombes. Mes camarades de l’International Solidarity Movement (ISM) et moi devions constamment écrire. Nous devions donc aller aux bureaux des agences de presse. Ils avaient l’électricité et Internet.


Marcher au milieu des gravats, des ruines, était comme vivre un des films d’horreur classique.





Une ville fantôme… Je me cachais à l’ombre des balcons tout en courant d’un immeuble à l’autre, espérant que le tireur d’élite, dans l’avion de surveillance, ne me verrait pas… chaque ombre en mouvement était une cible. Ils ont tiré sur des moutons, des ânes… et même des pigeons.





Avec d’autres militants, à Gaza, nous avons fait notre possible pour démarrer un mouvement de boycott global, avec en tête l’expérience sud-africaine.





Nous pensions qu’Israël-apartheid avait mis en pièces la solution à Deux-Etats. Quelle était l’alternative ? Un Etat démocratique pour tous ses citoyens, quels que soient leur race, leur ethnicité, leur couleur, leur religion et leur genre… ce fut l’appel pour l’action.





Le sionisme est une idéologie raciste ; un Etat pour les Juifs avec discrimination contre les minorités n’est pas le choix des gens qui soutiennent la démocratie civile, une personne-un vote.





Il faut punir les généraux et commandants des forces israéliennes d’occupation comme criminels de guerre, et l’Etat d’Israël comme Etat d’apartheid responsable de crimes de guerre et de nettoyage ethnique contre les Palestiniens ; la création d’un Etat sur toute la Palestine historique est la seule solution après Gaza 2009.


Les Palestiniens peuvent coexister avec les Juifs, pas avec le sionisme.





Une société démocratique et laïque pourrait être constituée après qu’une justice de transition soit recherchée. Il n’y a que de cette manière que pourra se réaliser le retour des 6 millions de réfugiés éparpillés dans le monde, dont certains vivent dans des conditions misérables, en particulier au Liban et dans d’autres pays arabes, sans parler du sentiment d’isolement qu’éprouvent tous les Palestiniens, qu’ils soient en Diaspora, dans ce qui est appelé aujourd’hui Israël ou sur la terre palestinienne occupée en 1967.





Je suis en lutte, je vis dedans. Mais je refuse d’être un objet, je suis une personne, je ne cesse de me le répéter.


La réalité de Gaza provoque sur les personnes le sentiment qu’elles ont une moindre valeur que celle qu’elles ont réellement… en tant qu’êtres humains, en tant que citoyens.


Le sentiment que le monde vous a abandonnés, à renoncer à vous, après toutes les pertes, toutes les peines, est insupportable, c’est en soi une autre mort. Quand on a perdu un enfant, ou une mère, ou quelqu’un qu’on aimait, sous les tirs des snipers, de l’impact d’un Apache, comment pouvoir justifier ça ?


Alors, quand vous regardez les informations retransmises dans le monde entier, et que vous voyez que les victimes sont dépeintes comme les agresseurs, cela redouble la douleur.





Après la fin des attaques, je suis allée voir quelques vergers à Jabaliya, à un quart d’heure de l’endroit où je vivais à Gaza ville. J’ai vu les arbres déracinés. Qu’est-ce que ça veut dire ? Quand l’agresseur arrachent vos arbres jusqu’aux racines… l’agresseur veut que vous sachiez que vous, votre identité et votre existence seront arrachées de la même façon. La haine dans les actes, dans l’écrasement des bâtiments jusqu’à les réduire au sable dont ils étaient faits, serrait le cœur. Mais ce qui était stimulant, c’était ces familles qui buvaient le thé sur ce qui avait été un foyer, une maison. Des tentes ont été montées près des gravats, et les enfants jouaient avec les objets cassés qu’ils pouvaient trouver.





Comment puis-je agir sur ce qui se passe, et comment le monde peut-il répondre ? Je crois que nous pouvons défier l’oppression, et l’illusion de pouvoir que l’oppresseur crée dans nos esprits. On m’a demandé une fois : « N’as-tu pas peur de mourir ? » Je n’ai peur que de ce que je considère comme le pire des maux, la répression, l’oppression, le colonialisme et l’occupation, tout ce qui peut balayer mon existence, effacer mon identité de la carte, et c’est exactement ce qui arrive aux Palestiniens depuis 61 ans, et qui continue aujourd’hui. Que choisir pour y faire quelque chose ?




Boycotter Israel-Apartheid





Source : Moments of Gaza
Traduction : MR pour ISM

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