mardi 7 avril 2009

Michèle Alliot-Marie a menti...


DES HOMMES EN NOIR AVAIENT REUSSI A FAIRE AVORTER LA GRANDE MANIFESTATION ANTI OTAN A STRASBOURG,

MICHELE ALLIOT-MARIE A MENTI…






Article de Rouge Midi


Que s’est il passé à Strasbourg ? En dehors du sommet vu et revu (en direct sur deux chaînes à la fois !), d’une manifestation perturbée par des personnes cagoulées, d’un hôtel en feu, il n’y a rien eu d’autres ? Les violences (annoncées !) étaient inévitables ou souhaitées en haut lieu ? Rouge Midi était sur place au cœur de la ville, du contre sommet et de la manifestation. Reportage photos en suivant.


Au cœur de Strasbourg
Beaucoup moins médiatisé que le sommet de l’OTAN (et pour cause !), se tenait à Strasbourg du 1er au 5 avril le contre-sommet initié par le collectif OTAN-Afghanistan.

Outre la manifestation du 4 avril, du 1er (et même avant) au 5 avril inclus se sont succédés débats, rencontres, conférence internationale…


Une ville en état de siège
On a beau être prévenus, lorsqu’on arrive à Strasbourg, on est frappés de l’atmosphère que fait régner sur la ville l’ensemble des dispositions prises à l’occasion de ce 60ème sommet. A 3 jours du sommet, dès la gare, la présence policière, fait passer le plan vigie pirate en cours ailleurs, pour une plaisanterie à côté de ce qui est mis en œuvre ici qui a démarré le 20 mars et est allé crescendo. Qu’on en juge :

Côté français 10 000 policiers et militaires (peut être bien plus ?) dans toutes sortes de véhicules (et même à cheval !) souvent harnachés comme pour une guerre de tranchée et qui contrôlent à tour de bras

au moins autant sans doute côté allemand,

des batteries lance missiles sur les collines qui entourent la ville,

écoles et administrations fermées (l’université, elle, est fermée depuis le début de la semaine),

des hélicoptères qui volent (ou stationnent ce qui est encore mieux pour les oreilles) en permanence à basse altitude au dessus de la ville

des avions de chasse,

des plongeurs qui ont inspecté fleuves et canaux interdits à la circulation

le centre ville (y compris la cathédrale haut lieu touristique strasbourgeois) interdit les 3 et 4 avril aux piétons et par moments même aux habitants !

une population qui soit est partie, soit se terre ce qui donne à Strasbourg un air de ville morte

des commerces qui ont fermé et couvert leur vitrine de contreplaqué…et on oublie !

La population, elle, n’en revient pas. Partout les mêmes propos d’incompréhension et de désapprobation.


Propos croisés :

Une restauratrice au centre ville « Ils en sont restés à la guerre froide, c’est vraiment exagéré ! D’ordinaire je fais deux services [la salle a 45 places et nous ne sommes que 8 NDR] Strasbourg est une ville morte depuis une semaine. Obama il vient avec 850 personnes, ils ont pris tout l’hôtel Hilton et comme si ça ne suffisait pas ils ont fait changer tout le mobilier car le style ne convenait pas au président. C’est Roche Bobois qui a prêté les meubles pour les deux jours ! Sa femme et madame Sarkozy ont prévu d’aller voir la cathédrale et son horloge astronomique qui carillonne à 12h 30. Personne ne sait régler le carillon et elles voulaient faire changer l’heure parce qu’elles passeront vers 11h !!! Vous vous rendez compte ce sommet ça coûte 50 millions d’euros !!Il y a vraiment un fossé qui grandit entre les riches et les pauvres. Et puis qu’est ce que ça veut dire de travailler plus ? On va passer toute sa vie au travail ? On est revenus au temps des rois ! »

Un intérimaire dans un café :« J’ai voté Sarkozy, je croyais qu’il allait apporter du changement mais là…Travailler plus pour gagner plus ils nous prennent pour des idiots »

Un enseignant : « Zone rouge, zone orange, on ne peut plus circuler ! Mes élèves sont contents parce qu’il n’y a pas d’école , ce sont les seuls qui soient satisfaits dans cette ville. 35 km de barrières, des barbelés, des contrôles…Hier je rentrais chez moi un policier m’a demandé pourquoi faire ! » Et on pourrait allonger la liste : un pharmacien qui ne sait pas s’il pourra venir travailler en fin de semaine, un autre restaurateur qui parle d’état de guerre, un marchand d’articles de sport « c’est oppressant »…bref une ville en état de siège et une population qui, à la quasi unanimité, n’approuve pas. Les avocats strasbourgeois ont d’ailleurs porté plainte pour atteinte à la liberté de circulation. Le talon de fer de l’OTAN est à l’œuvre.


Le contre-sommet
Pendant que les tenants de l’alliance militaire de l’empire s’affairent, les opposants et en particulier le collectif OTAN-Afghanistan et le collectif anti OTAN de Strasbourg, s’activent. Depuis janvier en prévision de cette date, les initiatives se sont multipliées à travers l’hexagone. A Strasbourg même, c’est avec un jour d’avance sur le programme que dès le 31 mars une conférence sur les armes au plutonium se tient. Le mercredi 1er avril le village autogéré, lieu d’accueil des pacifistes venus en particulier des pays membres de l’OTAN, ouvre ses portes et se remplit jour après jour.

Difficile de donner une liste de toutes les rencontres et débats. Nous n’en retiendront qu’une parce que la plus emblématique et la plus grande : la conférence internationale qui s’est tenue les 3 et 5 avril et sur laquelle les médias ont presque tous fait silence.

En accueillant les participants à la conférence Reiner Braun (Allemagne) explique à une salle déjà pleine que nombre de participants prévus sont encore bloqués par la police et dénonce les fauteurs d’incidents qui ont agi dès l’ouverture du contre-sommet le mercredi 1er avril dans des conditions plus que douteuses :« Nous avons des vidéos qui prouvent que les incidents ont été voulus, planifiés à l’avance et se sont déroulés avec la complicité des forces de police ! ». Puis la conférence démarre. La séance plénière est suivie d’une 20aine d’ateliers qui vont se succéder toutes les deux heures dans les différents lieux mis à disposition du centre sportif d’Illkirch, au sud de Strasbourg.

Il est évidemment impossible de tout rapporter ici. Nous reviendrons d’ailleurs ultérieurement sur certains témoignages. Extraits de quelques interventions choisies :

Sophie ZAFARI – FSU – France « …Argument de l’existence de l’OTAN : la lutte contre le terrorisme et le « choc des civilisations » a remplacé la lutte contre le bloc soviétique de la l’époque de la guerre froide.

La guerre, élément structurel du capitalisme : Elle garantit la sécurité des investissements capitalistes ; les budgets militaires ont augmenté de 45% en 10 ans, et le budget militaire actuel est très supérieur à celui du temps de la guerre froide.

La guerre a toujours été une issue aux grandes crises économiques La question de l’accès aux ressources est de plus en aigu : La crise financière génère des complications autres qu’économiques et sociales : elles sont d’ordre géopolitique à cause de l’accès aux ressources, les états dominants voulant imposer leurs droits et maintenir le pillage des ressources, provoquant des conflits graves entre pays (émeutes de la faim...) C’est la raison pour laquelle le sommet de l’OTAN a lieu en même temps que le G20.

Logique de libéralisation des marchés : exploitation des travailleurs et de la nature, privatisation de tous les secteurs. Retour de la France dans l’OTAN, occasion pour grands groupes de gagner des parts de marché dans l’économie de guerre. La crise et ses bouleversements géopolitiques génèrent une fuite en avant militariste. Lutte sociale et combat pour la paix sont intimement liés. »

Phyllis BENNIS (USA) qui fait une intervention très intéressante sur le positionnement et la nouvelle stratégie des pacifistes américains depuis l’élection d’Obama « On avait rencontré Obama alors qu’il était candidat. A nos demandes il avait répondu : Il faut que vous descendiez dans la rue pour m’obliger à le faire.

Maintenant qu’il est élu c’est ce que nous voulons faire : descendre toujours plus nombreux dans la rue, changer l’opinion publique, ce qui créera les circonstances politiques qui l’obligeront à faire un bon choix en politique étrangère….

B O a dit « Nous ne pourrons pas régler le problème Afghan seulement avec les militaires, mais avec la diplomatie et le développement ».

C’est la même chose pour la Palestine où il faut mettre fin à l’apartheid.

Mais nous constatons que engagement militaire n’a pas diminué, et qu’il est impossible de mener de front diplomatie et engagement militaire. La guerre en IRAK a été engagée sur un mensonge, il y a de + en + de violences et l’occupation américaine y a mis fin à des siècles de coexistence pacifique entre populations. Aujourd’hui les quartiers sont isolés les uns des autres et les groupes de populations ont été utilisés les uns contre les autres. Ce n’est pas de la diplomatie. En Afghanistan s’il n’y a de pas de retrait des troupes, il y aura développement du mouvement taliban. ».


Jan Tamas République Tchèque : « les socio démocrates nous ont trompés et sont entrés dans l’OTAN sans référendum comme ils s’y étaient engagés…Une marche mondiale pour la paix et la non violence partira de Wellington en Nouvelle-Zélande, le 2 octobre 2009, journée dite "Journée Internationale de la Non-violence" par les Nations Unies et date anniversaire de la naissance de Gandhi. Elle se terminera à Punta de Vacas en Argentine, près du plus haut sommet argentin de la Cordillère des Andes, le 2 janvier 2010. Durant ces 90 jours, elle parcourra plus de 90 pays et 100 villes, à travers les cinq continents. »

Parmi les ateliers de l’après midi, deux ont eu plus particulièrement de succès celui sur la Palestine et celui sur OTAN, UE et traité de Lisbonne. Dans ce dernier le représentant du CAEUC d’Irlande se taille un joli succès ; Il explique comment les relations entre OTAN et UE sont de plus en plus étroites. Comment les actions contre la piraterie maritime ne sont en fait que des opérations visant à sécuriser l’acheminement des matières premières. Il rend hommage à Chypre qui résiste à l’OTAN et fait le constat qu’avec l’Irlande, Chypre est le seul pays sous occupation coloniale. Il termine en disant sous les applaudissements que les irlandais, dont 4 millions d’entre doivent s’attendre à une baisse de 10% de leurs revenus, n’accepterons pas le traité de Lisbonne sur lequel ils doivent revoter.

Une autre intervenante fait observer que si la Georgie avait intégré l’OTAN nous serions tous en guerre contre la Russie.

Enfin dans le débat avec la salle un participant fait observer que le choix n’est pas entre OTAN ou défense européenne commune (ce qui reviendrait à accepter une force internationale d’intervention), mais à s’en tenir strictement au concept de défense nationale.

Une autre conclura en rappelant que l’autorité et la légitimité doivent être rendues à l’ONU. La journée se termine. Il faut rentrer à pied en suivant les rails du tramway à travers les rues désertes…


La journée du 4 avril
Dès 1heure du matin le quartier du Pont de l’Europe, ce fameux pont qui traverse la frontière entre la France et l’Allemagne, est réveillé par la mise en place, de part et d’autre de la rue, de barrières destinées à protéger le cortège des chefs d’état. Suit, à partir de 3h un convoi qui roule, près d’une heure durant, composé de camions, de cars de toutes formes et dimensions, d’engins de guerre…

Au matin la paisible route du Rhin est métamorphosée : barrières gardées par un policier tous les 10 mètres, route coupée où circulent seulement de temps à autres des voitures aux vitres noires encadrées de véhicules de police, voie ferrée (qui la surplombe) barrée et gardée par des policiers en armes, hélicoptères encore plus nombreux que les jours précédents, tireurs d’élite sur les toits, bref nous sommes en sécurité. Les clients de l’hôtel Formule 1 prennent leur café sur la terrasse, à deux pas des barrières, abasourdis.

Vers 11h les présidents qui sont allés se saluer sur le pont dans un scénario digne de Voici reviennent en limousine pour se rendre à la salle du sommet. Le dispositif s’allège, l’heure de la manifestation approche.

En contrebas de la route et de l’autre côté de celle-ci, juste en face des deux hôtels (IBIS et Formule1) se trouve une grande esplanade de terre, le jardin des deux rives, lieu du rendez vous de départ de la manifestation. C’est là que doivent se succéder les prises de paroles d’avant manif. Nous sommes environ 30 000 et nous apprenons que 10 000 manifestants allemands qui devaient venir nous rejoindre sont encore bloqués de l’autre côté de la frontière, en fait ils ne pourront pas le faire. Rapidement le climat se tend pour deux raisons.

200 personnages tout habillés de noir, cagoulés, souvent porteurs de masques à gaz et de lunettes de chantier font irruption avec des sacs à dos qui ont tout l’air de transporter autre chose que des sandwichs

2 hélicoptères stationnent au dessus du rassemblement à si basse altitude que d’une part on a du mal à entendre les discours et d’autres les pales des hélices soulèvent la poussière de l’esplanade rendant l’atmosphère irrespirable. Drôle de manière d’aider au calme…

A ce moment là 3 groupes d’une vingtaine « d’hommes en noir » (la plupart sont des allemands très jeunes à ce qu’on a pu en juger) quittent très tranquillement le rassemblement et remontent sur la route pour aller s’en prendre à un poste de douane et aux deux hôtels. La police, qui contrairement à ce qu’a déclaré Michelle Alliot Marie, a tout loisir d’intervenir ne le fait pas. Le poste de douane brûle, puis c’est le tour de l’hôtel IBIS, ils tentent de s’en prendre au Formule 1 mais ils ne peuvent rentrer bien qu’ayant brisé les vitres de l’entrée. Le patron appelle la police. La réponse est incroyable : « On ne peut pas intervenir sauf s’il y a des blessés ! » Où sont donc passés tous les policiers du matin ? Sur les 10 000 hommes annoncés à Strasbourg nous n’en verrons tout au long de la manif qu’au maximum une centaine…

Quand enfin les policiers interviennent, ils se limitent à envoyer des grenades lacrymogènes sans effet sur les casseurs puisqu’ils sont protégés mais par contre très efficaces contre les manifestants qui eux ne le sont pas.

Le meeting est abrégé et, contrainte et forcée, la manif part dans le sens opposé à celui prévu. Le cortège part dans le calme jusqu’à un pont SNCF où la police nous bloque pendant de longues minutes pendant qu’à l’arrière elle charge des gens, toujours les mêmes, venus l’affronter à coups de jets de pierres. Là encore la réplique ce sont les lacrymogènes avec le même résultat que sur l’esplanade. Nous sommes pris au piège. Malgré un cordon spontané de service d’ordre, une cinquantaine de ces hommes en noir, dépasse la manif, grimpe jusqu’à la voie SNCF et jette des pierres sur les policiers sur la route en contrebas de l’autre côté de la voie, en ayant l’avantage de la hauteur. Nouveaux lacrymogènes ce coup-ci carrément sur les manifestants.

Il faut tout le sang froid du camion sono de tête (merci la CGT du Bas Rhin) pour que la manif puisse se dégager sur le côté et revenir à son point de départ sans dommage en se disant que police et « hommes en noirs » ont réussi à gâcher l’initiative.

Les dégâts nous n’y reviendront pas, la presse en parle largement. Revenus au Formule 1 nous voyons que le feu a repris à l’IBIS voisin…et qu’aucun pompier n’est là pour l’éteindre malgré les appels répétés de tout le quartier. Ce n’est qu’au bout de deux heures que les pompiers reviennent éteindre les dernières flammes du toit qui commençaient à manquer de combustible.

Dans la cité voisine les jeunes ont empêché les « hommes en noir » de s’en prendre au centre commercial en leur disant « ici c’est chez nous, allez vous en prendre aux chefs d’états pas à nous ». Comme quoi ces actions n’avaient rien à voir avec une quelconque révolte sociale. Mais on s’en serait doutés…

Dans le taxi bondé et ralenti par les nombreux barrages, où comme dans toute la ville la conversation tourne autour de l’attitude des autorités et des ordres donnés aux policiers, une passagère s’interroge (faussement) naïvement : « Mais les policiers sont en principe chargés d’assurer la sécurité des personnes ? » Réponse instantanée du chauffeur :« Mais c’est ce qu’ils ont fait, ils ont protégés Obama et Sarkozy »

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