lundi 13 avril 2009

Je dédie cette page à Janine ainsi qu'à tous les enfants de la Tour d'Aigues (France - Provence)




Et Nour fut…





Naissance de Nour et incompréhension d’un bébé

Je m’appelle Nour (1) et ma Maman me disait souvent que je suis un enfant de Palestine.

Jeté dans une cellule en compagnie de ma mère, je ne comprenais pas ce que signifiait la Palestine…Par contre, je devinais petit à petit, sentais et vivais les souffrances de ma mère, ses pleurs quotidiens, son calvaire.

A cet endroit sombre où la peur m’envahissait souvent, elle m’avait donné le nom de « Nour ».

Elle me répétait souvent cette phrase que je ne comprenais pas : « Tu vois mon petit, l’ennemi m’avait arrêtée alors que j’étais enceinte de quelques mois. L’occupant m’a alors placée dans cette cellule de la prison de Neve Tirza, comme tant d’autres femmes palestiniennes ».

Ennemi, occupant, être enceinte, prison,…des mots étranges qui me revenaient souvent et que je ne comprenais pas.

Un jour, en fin d’une courte promenade, elles n’ont pas voulu regagner les cellules ; elles sont restées ensembles dans la petite cour. Cependant, comme il était interdit de respirer l’air frais et de prendre le soleil plus longtemps, des hommes armés étaient venus avec leurs méchants chiens enragés et ont commencé à les frapper, frapper et frapper tant qu’ils ont pu, en les poussant dans les petites cellules…

Je ne comprenais pas non plus pourquoi l’air et le Soleil nous étaient interdits…

Ce jour là, ma Maman avait reçu des coups de pied et de poings au ventre.

Je pleurais…J’avais peur ce jour là.


Les conséquences des coups de pied et de poings au ventre

Depuis, Maman, traînant un gros ventre, était souvent amenée dans un petit local appelé infirmerie, jusqu’au jour où elle fut transportée à l’hôpital, avec de la ferraille (2) qui lui nouait les bras !!!
Elle avait gardé cette étrange ferraille qui lui serrait les bras durant tout son séjour à l’hôpital !!!

Mon petit frère était alors sorti du ventre de Maman. Il ne bougeait pas ; il ne criait pas ; il ne respirait pas.


Le retour à l’enfer de Neve Tirza

Voilà, Maman et moi devons retourner dans notre cellule et j’étais content de voir enfin ses bras libérés de cette maudite ferraille ; Elle pouvait ainsi me serrer très fort contre elle durant tout le trajet.

La cellule était petite, sombre, mal aérée, humide et froide ; cependant, j’étais rassuré car j’étais avec ma Maman.

Il m’arrivait souvent de sursauter au moindre bruit dans le couloir.

- Maman ! Maman ! j’ai peur…
- Chut, Nour, chut mon bel ange, calme, calme, je suis là et il ne va rien t’arriver…

Souvent aussi, elle me disait que nous devions rester deux ans ici avant d’aller rejoindre Papa, mes deux frères et ma sœur…

Quelquefois, Maman devait se préparer car elle avait une visite. On se retrouvait alors dans un petit réduit. Il y a une vitre au milieu, d’un côté maman et moi, et de l’autre, des gens que je ne connaissais pas et que je n’avais jamais rencontrés. On m’avait dit que c’était ma famille.

On pouvait ainsi se voir au travers de la vitre, mais on ne pouvait pas se toucher ni s’embrasser.

Alors pour dire aux membres de la famille qu’elle les aime, Maman mettait sa main largement ouverte sur la vitre, et de l’autre côté, une main tentait de se confondre avec la sienne.

Ma Maman ne pleurait jamais, sauf le jour qu’on nommait « fête des mères » ; ce jour là, on lui avait donné un mot écrit par mon grand frère : « Je vous embrasse tous deux du bout des doigts »…


Mes premiers pas

Aujourd’hui, je peux dire que j’ai un peu grandi.

Maman me fredonne de vieilles ritournelles de mon pays, la Palestine. J’aime bien « ya setty », c’est une berceuse ; et Maman a une voix si douce…

Mes journées étaient bien pleines puisque mes petites jambes gigotent car je voudrais commencer à marcher si on me tient.

L’autre jour, Maman m’avais pris les mains et j’étais droit ! Je m’amusais alors à lancer une jambe puis l’autre pour faire quelques pas. Je riais et Maman aussi.
Quand soudain, la porte de la cellule s’ouvrit en grand et des « chiens (3) en furie » (comme dit Maman) entrèrent.
Ils criaient fort et hurlaient que c’était interdit de promener son enfant et de lui apprendre à marcher.

Maman était alors en colère et d’une violence extrême. Elle était au sol, pliée en deux, et elle recevait des coups de bottes sur tout le corps.

Et là, une des furies m’avait aperçu allongé sur le lit. Elle me prit par les pieds et me fit tourner puis me projeta de toutes ses forces contre le mur.

J’étais retombé sans pousser un seul cri. Mais il a fallu m’emmener à l’infirmerie pour me plâtrer la hanche. J’avais mal, mais Maman m’avait toujours dit de ne pas crier, de ne pas pleurer.

Une autre chose étrange. Parfois les « Rambo » (c’est un mot employé par Maman) venaient avec des lances à eau et nous visaient. Maman me prenait vite, me serrait fort contre sa poitrine et se postait dans l’angle de la pièce pour me tenir à l’abri.

Oh, certes, j’étais très mouillé, mais Maman recevait de gros jets d’eau dans le dos et cela lui faisait très mal.

Si je ne vous parle pas de mes jouets, c’est tout simplement qu’ils étaient interdits.
Quand Maman avait droit au parloir et que l’on déposait pour nous des vêtements et des jouets, on nous remettait les fringues, mais pas les jouets. C’est interdit, interdit et interdit.

Tant pis et comme le disait Maman, un jour nous sortirons de cette maudite prison.


La séparation

Voilà, j’ai grandi et j’ai deux ans. J’ai grandi dans une cellule-chambre avec ma Mère, très souvent dans ses bras ou sur le lit.

Elle me met mes plus beaux habits et me fait tout beau, puis j’entends des bruits de bottes dans le couloir, ce qui me fait toujours très peur.

Des hommes en uniformes entrent et tentent de me prendre.
Je m’accroche alors au cou de Maman en hurlant : « Au secours, Maman ! Maman ! ».

Ils réussissent à m’arracher à ma Mère qui, pour la première fois ne fait rien.

Elle reste immobile, droite, sans parler, sans crier…Comme si elle était complice.

Toujours figée, elle me suit de ses regards ; elle me regarde m’éloigner, dans les bras des méchants…

Depuis ce jour là, je ne l’ai plus revue…


Fausse liberté

Un monsieur qui est mon Papa m’avait récupéré et emmené loin, loin, très loin…

Et depuis, on me dit que je suis libre ; mais Père m’a fait une promesse : ma Maman sortira bientôt…



(1) Nour : prénom arabe qui signifie « lumière »

(2) Ferraille : Menottes

(3) Chiens : Manal traitait de ce nom les gardiens et les soldats de la prison

1 commentaire:

janine a dit…

merci beaucoup, mais les enfants de mon village vivent paisiblement, bien soignés et bien nourris, choyés par des parents attentifs.
Ne veux-tu pas dédier plutôt celle histoire (vraie) aux gosses de Liban Sud et de Palestine et d'Irak qui ont été si grièvement blessés par les bombes et/ou qui sont orphelins ? c'est vers eux que s'envolent mes pensées.