dimanche 22 février 2009

Je ne marche pas sur la ligne, là où je place mon pied, la ligne commence
Mahmoud Darwich






Fille de Byblos, petite ville de mon Sud, amoureuse et rebelle

Pieds nus, avec sa robe de mariée, ce soir toute déchirée

Elle marche dans ses ruelles très étroites

Elle a sans doute rendez-vous avec mille étoiles

Et les mille étoiles étaient au rendez-vous


Bint Jbeil, la plus belle des belles de mon Pays

La plus brune des brunes, a déjà choisi son amoureux

Sauf que son amoureux s'appelle à la fois

Samir, Mahmoud, Mouhamad, Rami, Youssef, ...

La plus belle des filles de mon Pays venait d'épouser mille hommes, mille résistants

Elle en est fière; elle est chrétienne et défie le Pape

Oui, elle a épousé mille hommes, tous bruns, forts et fiers de leur petite ville


De sa robe toute déchirée, elle veut s'en débarrasser

Elle se déshabille, puis toute nue, elle avance, elle avance, elle avance

Les pierres qui bordent la ruelle lui sourient

Les chênes se prosternent à ses pieds

Les étoiles jouent une des plus belles symphonies célestes

La voie lactée dessine au ciel du rouge, du blanc flanqué d'un cèdre, puis du rouge


Le temps s'est arrêté et l'espace s'est dilaté

Elle avance encore, puis encore

Au bout de cette ruelle, l'attendaient

L’uranium appauvri

Le phosphore et l'acier de la haine


Elle avance

Elle sourit

Elle est plus belle qu'hier

Après avoir épousé mille étoiles

Elle avance encore

La haine la guette ; la haine a peur d'elle

Elle avance

Puis comme un éclair, comme un grand feu, elle disparaît

En faisant disparaître avec elle la haine



Bint Jbeil est libre

De nouveau, elle se fixe rendez-vous avec ses mille amants

Pour faire simplement l'amour à l'ombre d'un cèdre



Raymond RICHA

8 Août 2006











Yousef Abou Oda, le Martyre

Mercredi 10 Février 2009, nous avons été invités à nous joindre à une équipe d'habitants de Beit Hanoun dans la région de Bura pour rechercher le corps de Youssef Abou Oda, 21 ans, qui n'a pas été trouvé, malgré deux jours de recherche.


Nous étions une vingtaine de personnes et nos recherches avaient lieu dans une zone située à cinquante mètres du mur de l'apartheid sur la frontière nord.


Au bout d’une trentaine de minutes, alors que nous étions regroupés par deux, nous avons trouvé le corps de Youssef à proximité d'une colline où les FOI (Forces de l'Occupation Israélienne) étaient présentes.




Il pleuvait abondamment, et des petits morceaux de glace tombaient du ciel. Le temps était nuageux et gris, et des soldats se trouvaient dans une jeep avec les phares allumés. Elle avait l’air d’objet bizarre dans l'obscurité environnante.


Un autre soldat se trouvait dans un carré comme un bloc de ciment, caché, en position de tireur d'élite, avec un casque sur la tête.


Alors que les soldats menaçaient avec leur mégaphone de commencer à nous tirer dessus, quelqu'un derrière moi cria "Allahu Akbar! Allahu Akbar!" Le corps avait été trouvé.


Malgré une pluie intense, il a été porté dans des tapis jusqu’à une ambulance qui ne pouvait pas venir jusqu’à l’endroit où nous nous trouvions, par crainte que les FOI la prennent pour cible.



Youssef avait décidé de choisir la voie du martyre : utiliser son corps comme réaction au récent massacre contre son peuple, à Gaza.


Il avait décidé de se faire exploser sur la frontière, à proximité des soldats des FOI.

Abou Oda, ainsi qu'un autre jeune homme, Kafarneh, s’approchaient, s’approchaient encore, lorsqu’instantanément le TNT qui était autour de leur taille explosa.


Le corps de Kafarneh avait été retrouvé un peu plus tôt, mais personne n'avait osé s’approcher de la frontière pour rechercher Abou Oda.




fort, plus fort, chante plus fort! Chanter est toujours possible, c’est encore possible!




Sans doute Youssef et son compagnon ne seront pas mentionnés dans les livres d'histoire. Peut-être que le chagrin de leur famille ne sera pas remarqué. Peut-être aussi son histoire ne sera pas souvent racontée,

Peu importe puisque son ultime acte de résistance est un écho, un symbole, une décision provocatrice face à l'armement de la plus grande puissance nucléaire de la région.



Je ne marche pas sur la ligne, là où je place mon pied, la ligne commence
Mahmoud Darwich



Yousef a placé son pied là où sa ligne commence, celle du chemin vers la frontière.


A quoi pensait-il, personne ne le sait. Mais à ce qu'il faisait, des millions de personnes réagiront ; ils réagiront au symbole, à la signification et à l'écho.


Ce n'est pas une culture de la mort…C'est le choix de la mort face à la vie.


C'est ce qui pourrait briser le sentiment d'impuissance de ceux qui ne possèdent pas des F16, 15 et 35 ou d’Apaches ou encore de phosphore blanc, de navires de guerres, de chars et de tireurs d'élite.


Youssef est un soldat, un soldat d'une armée cachée qui s'élève contre les injustices du temps, du lieu et des discours dominants du pouvoir.



En Palestine, tout le monde est soldat, chaque soldat avec une arme différente, chaque arme avec un écho différent, chaque écho avec une autre forme de résistance




Entre les mains de qui se trouve la victoire? L'homme ... la volonté humaine est victorieuse, et la politique tombe à ses pieds

Mahmoud Darwich



Par Natalie Abu Shakra
Natalie Abu Shakra est Libanaise et fait partie de l'International Solidarity Movement.
Elle a défié les ordres imposés par Israël aux citoyens libanais de ne pas aller à Gaza, et a pu y entrer avec le Free Gaza Movement.

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