jeudi 25 décembre 2008

Honte, Colère...Conscience et Espoir



mercredi 24 décembre 2008
Rannie Amiri


Côte de Gaza

Les habitants de Gaza pourraient préférer se trouver en plein océan, isolés et à l’insu de tous, plutôt que d’être les témoins de la négligence cruelle dont font preuve leurs concitoyens arabes.




Gaza est une île
Bien que placée en plein monde arabe et en limite de l’un de ses principaux pays et des plus peuplés, Gaza pourrait très bien se trouver en plein océan, isolée et à l’insu de tous. Ses habitants, s’ils en avaient le choix, pourraient effectivement préférer cette localisation plutôt que d’être les témoins de la négligence cruelle dont font preuve leurs concitoyens arabes alors que Gaza se flétrit inexorablement sous le siège barbare d’Israël.

S’il restait le moindre doute sur cette situation extrême, il a été levé par le Dr Richard Falk, rapporteur spécial des Nations unies pour les droits de l’homme dans les territoires palestiniens.
Le 9 décembre, Falk a déclaré clairement et avec force : « Un effort urgent doit être fourni aux Nations unies pour mettre en œuvre la norme reconnue de la responsabilité de protéger une population civile qui est punie collectivement par des politiques qui s’assimilent à un crime contre l’humanité. »
Oui, des crimes contre l’humanité sont commis en ce moment à Gaza selon ce professeur de droit international, juif américain, mais au Caire, à Amman, à Riyad ou Doha, c’est que silence.

« Si les Nations unies jugent que le siège sur la bande de Gaza est un crime de guerre, nous nous demandons alors pourquoi les dirigeants arabes n’exigent pas la réouverture du passage de Rafah » a déclaré Fawzi Barhoum, porte-parole du Hamas, évoquant ce passage frontalier commun avec l’Egypte.

Le Comité des droits de l’homme aux Nations unies a réprimandé Israël pour sa politique envers les Palestiniens en général et pour son blocus de Gaza en particulier, demandant qu’il soit mis fin à ces punitions « cruelles, inhumaines et dégradantes ». Falk a également insisté pour que la Cour pénale internationale des Nations unies enquête sur le comportement et les actes d’Israël afin de « déterminer si les dirigeants politiques israéliens et les commandants militaires responsables du siège de Gaza, doivent être inculpés et poursuivis pour violations du droit pénal international. »

Face aux constations et conclusions du Dr Falk et du CDH des Nations unies, le président Hosni Mubarak d’Egypte, le roi Abdullah de Jordanie, le roi Abdullah d’Arabie saoudite, les princes, sheiks et autres émirs des fiefs du Golfe, et l’incapable Ligue arabe, tous, tous ont fait silence.



Des bateaux ont pris la mer... et d’autres pas





5 bateaux ont pu arriver aux côtes de Gaza.


Les un million cinq cent mille citoyens de Gaza sont coupés du reste du monde depuis juin 2007. C’est là que le Hamas a exercé sa pleine autorité sur la minuscule bande de terre, et que ses frontières ont été par la suite fermées par Israël et l’Egypte.

Depuis lors, les Israéliens imposent des restrictions de plus en plus drastiques pour entrer dans le territoire, limitant aujourd’hui de façon importante même les plus basiques des approvisionnements humanitaires, notamment la nourriture, les combustibles, les vêtements, l’huile de cuisson et les médicaments. Avec, comme conséquences, selon Press TV d’Iran, des centaines de malades décédés, 40% des ambulances bloquées par manque de carburant et 75% des enfants de Gaza souffrant de malnutrition.
Comme l’indiquait le 14 décembre le Sunday Times, certaines familles en sont réduites à manger de l’herbe. L’UNRWA (l’Office de secours et de travaux des Nations-Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) a annoncé qu’il était forcé de suspendre la distribution de nourriture à 750 000 Gazaouis qui dépendaient de son assistance. Il n’y a plus de farine et avec tous les passages frontaliers fermés par Israël, il n’y a plus moyen d’entrer pour les camions de l’UNRWA et de reconstituer les réserves de nourritures.

Des tentatives ont été faites pour briser le siège de Gaza. Mais qui a essayé et qui s’est abstenu, voilà qui est plus révélateur.
Le mouvement Free Gaza, basé aux Etats-Unis, a réussi à faire arriver quatre bateaux sur les côtes de Gaza, apportant des secours humanitaires ainsi que des universitaires, des journalistes et des médecins, bateaux qui sont repartis avec des malades en manque de soins et des étudiants qui avaient l’interdiction d’aller étudier à l’étranger.

De tels mouvements populaires héroïques ont soulevé une prise de conscience indispensable sur la situation désespérée de Gaza, mais la question demeure : où sont les navires des pays arabes ?
Début décembre, un cargo libyen transportant 3 000 tonnes de nourriture, de lait en poudre et de couvertures pour Gaza, a été détourné par Israël sous le prétexte qu’il n’avait pas de relations diplomatiques avec la Libye. Ce fut la seule tentative de la part d’un pays arabe ou musulman pour défier le blocus israélien.
Une organisation humanitaire du Qatar, appelée Qatar Charity, s’était engagée dans l’envoi d’une cargaison de 2 millions de dollars de médicaments contre le cancer peu après la tentative libyenne. Sous la pression très forte du gouvernement israélien cependant, le Qatar a capitulé et annulé le voyage juste quelques heures avant le départ. (*)
Au cours de la dernière semaine, le Croissant-Rouge d’Iran a fait part de son intention d’envoyer un bateau de secours avec 1 000 tonnes de ravitaillements, notamment du blé, du sucre, du riz, de l’huile de cuisson et des fournitures médicales.
« Malheureusement, jusqu’à présent, le gouvernement égyptien ne nous a pas donné son accord pour leur envoyer les secours par les airs » dit son secrétaire général, Ahmad Moussavi.

Et cela résume fort justement le second crime odieux commis contre Gaza : la complicité des Etats arabes dans le siège israélien.



Des protestations, de loin
Il y a eu de grands rassemblements à Téhéran pour soutenir les Palestiniens et protester contre les actions israéliennes, avec le même venin dirigé contre Hosni Mubarak pour ne pas ouvrir le passage de Rafah et permettre les aides humanitaires. Cela a conduit l’Ayatollah Ahmad khatami d’Iran (sans lien avec l’ancien président Mohammad Khatami) à déclarer :
« Certains dirigeants arabes devraient être jugés comme "traîtres", pour tous les crimes de guerre israéliens dans les territoires occupés et la bande de Gaza. »

Mubarak a répondu aux critiques iraniennes par la menace habituelle d’une invasion « perse » par les pays arabes : un refrain trop usé et raciste qui évite de traiter la question séparément. De petites manifestations sporadiques ont eu lieu à Beyrouth et par les Frères musulmans en Egypte.


Manifestation à Beyrouth pour soutenir les Palestiniens.



Le véritable risque que pose Gaza : la démocratie
Nul ne devrait être surpris par le traînage de pieds (au mieux) ou la collusion des Arabes avec les Israéliens (au pire) dans le maintien du siège.

L’Egypte est le coupable le plus flagrant bien sûr, car elle pourrait facilement ouvrir le passage de Rafah, à volonté ou de façon permanente, pour laisser entrer les ravitaillements désespérément nécessaires et sortir les civils qui ont besoin de soins.

Le silence assourdissant - et mortel - de l’Arabie saoudite, de la Jordanie et des Etats du Golfe n’est pas inattendu. En juillet 2006, lors de l’invasion et de la destruction du Liban par exemple, les dirigeants de tous ces pays avaient donné leur accord tacite à l’assaut israélien, dans l’espoir que le Hezbollah serait finalement anéanti.

Mais en quoi le Hezbollah et le Hamas les menacent-ils ?
On voit ces deux organisations différemment au Moyen-Orient qu’en Europe occidentale ou aux Etats-Unis. Alors que l’Europe et les USA s’interrogent strictement sur la façon dont elles pourraient mettre Israël en péril, les dirigeants arabes, eux, se demandent quelles ramifications les élections démocratiques qu’elles exigent, ou qu’elles ont obtenues, peuvent avoir sur leur propre emprise sur le pouvoir.
D’où, les monarques et dictateurs non élus, tels que Mubarak et les rois Abdullah, considèrent les partis comme le Hamas et le Hezbollah comme une abomination car ils se sont servis de la force du scrutin comme marque de leur légitimité. C’est quelque chose que les dirigeants arabes n’ont jamais possédée, ou alors, par rien de plus qu’une parodie d’élections. Pour cette unique raison, le siège israélien de Gaza est toléré et non remis en cause par les dictateurs, rois, princes et émirs de la région, soutenus par les USA.
La population de Gaza tout entière paie cher son expérience dans la démocratie, où elle a élu le Hamas en 2006, et elle va continuer de la payer encore un certain temps.

La grande majorité des militants pour les droits humains, des avocats et des gens de conscience condamnent à juste titre Israël pour son blocus cruel. Mais ce qu’ils ont complètement oublié de dénoncer, c’est l’acquiescement des pays arabes et musulmans à ce blocus.
Le secrétaire général du Hezbollah, Sayyid Hasan Nasrallah, dans un récent discours télévisé, a appelé à des manifestations, sans en définir la forme, jusqu’à ce que le siège soit levé. Il s’est aussi directement adressé aux chefs d’Etats arabes :
« Où sont vos sensibilités arabes ? Quand un million et demi d’Arabes, dans la bande de Gaza, vivent sous un siège, avec la faim et sous la menace ?
Mes sensibilités humanitaires, religieuses, islamiques et arabes m’appellent à prendre part à l’action et à manifester contre ce siège. »

Quand le siège de Gaza se finira - et il finira, mais après qu’un prix terrible ait été exigé - et que les citoyens de Gaza des prochaines années et générations demanderont pourquoi il a été autorisé aussi longtemps, ils désigneront l’est, l’ouest et le sud, et ils diront :
« Nous avons rencontré l’ennemi. Et c’était nous. »

Rannie Amiri est journaliste indépendant, écrivant sur le monde arabe et islamique. Il peut être contacté à l’adresse : rbamiri@yahoo.com.




En ces moments difficiles, nous vivons une charnière importante de notre Histoire et nous assisterons très prochainement à un tournant qui marquera les futures générations.
Nos filles et fils comprendront que seul l’acte résistant est requis pour balayer soixante ans de division territoriale, d’occupation et surtout de notre tare : le règne absolu du Féodalisme flanqué de néo libéralisme, de l’Obscurantisme et de la Collaboration dans nos pays respectifs.

Certes cela nous coûtera du sang et prendra du temps, mais l’Histoire de par sa dialectique poursuivra sa route malgré les courants contraires, jusqu’à l’enfantement de notre Souveraineté, de la Démocratie et de la Justice Sociale au moindre recoin de notre Nation.


25 décembre 2008
Raymond RICHA



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