lundi 26 mai 2008

Cèdre...


(grand merci à la fille de Katia, 7 ans,
pour son beau dessin de notre drapeau)




Hommage au pays du Cèdre

J’ai pris racines au pays du Cèdre,
Conifère déraciné d’avec tes pairs, puis
Exporté depuis la nuit des temps
Vers des pays lointains se prétendant tes frères,
Tu es devenu l’emblème de la ferveur.
Tant apprécié pour tes qualités vertueuses
Tu es le fier drapeau d’un peuple qui pleure
Tes membres arrachés à cette Terre si précieuse.

Ton corps, sauvagement ravagé, n’est cependant que transformé
Et ton âme, même meurtrie,
Porte à tout jamais la flamme de la patrie.
Rappel incessant que ton pays sera pour l’éternité,
Le symbole d’un sol que l’on détruit et reconstruit
Tu voyages de part le monde et sans jamais te relâcher
L’image de la force et la fierté d’être libanais.

Ta terre porte les cicatrices de tes nombreux départs
Et se désole d’un si triste paysage, témoin de tous ces ravages.
Mais ta descendance n’est pas délaissée.
Porteuse d’une maladie qui peu à peu l’envahit,
Des coeurs bienveillants combattent ce mal troublant,
Refusant la mort de tes enfants.
L’envahisseur ne sera pas gagnant.

Je dois cependant te confier que
Les douleurs infligées depuis tant d’années
Ne sont pas encore guéries que voilà déjà
De nouveaux orages de perfidie.
De mauvaises herbes portées par des vents lointains
Parsèment ton sol si fertile
Et les eaux où jadis tes racines s’abreuvaient,
Sont plus que jamais menacées.
Ceux qui, récemment, pour un court instant mais jusqu’alors inespéré,
Défilaient enfin unis, portant avec fierté ton image pour seule identité,
Se retrouvent à nouveau, divisés.

Préserver et replanter tes saines graines n’est pas oeuvre facile
Et demande beaucoup d’humilité de la part de tes héritiers.
La grande forêt qu’autrefois tu formais,
Protégeait ceux qui te côtoyaient.
Maintes fois occupée tu préservais leur unité.
Ton dépeuplement a retiré la sève qui nourrissait cette volonté
De ne pas se laisser aller aux différents alizés.
Dépourvus de ton feuillage verdoyant qui les protégeait,
Toutes sortes de mauvais engrais viennent alimenter
Bien des anciens qui t’ont oublié et nourrir les jeunes pousses,
Élevées parmi cette brousse qui t’a remplacée.

Peu importe la quantité de bourgeons sacrifiés
Ils sont prêts à imposer leur volonté.
Cette jeunesse, fougueuse et naïve, est encore attisée
Aveuglée par des feux peu scrupuleux
Soufflant sur un peuple désormais démembré.
Les nourrissant de divers poisons qui chaque jour un peu plus les morcellent
Je ne peux que constater les dangers qui menacent le berceau de ton humanité
Ecoeurée du peu d’état d’âme de tous ceux qui les ensorcellent.
La faim justifie t-elle donc tous les moyens ?

Orphelins de tes grandes idées, quel miracle est-il encore possible espérer
Pour qu’en eux, germe avec force le refus d’être contrôlés par ceux qui ne désirent réellement œuvrer à te réimplanter ?
Et ainsi te redonner, habités par un même élan, ta splendeur d’antan !
La multitude des arbres d’alors qui te caractérisait, formait ton unité.
Peu importe les sources qui les nourrissaient, ils se rassemblaient.
Peu importe l’intensité de chaleur qu’ils recevaient, ils grandissaient.
Peu importe les vents contraires qui les berçaient, ils ne se jalousaient.
Peu importe la place qu’ils prenaient, ils se toléraient.
Car ensemble et de par la diversité de leur norme, ils formaient ta vitalité.
L’unité faisait ta force et force de constater
Que même à l’étranger elle ne pouvait être rivalisée.
Malheureusement jalousée, la cruauté a eu raison de ta bonté.

N’est il alors qu’utopisme que de rêver qu’en tout libanais,
Se réveille bientôt cette flamme de l’unité ?
Qu’ensemble, ils cessent d’être le jouet
De ceux qui ne regardent que leurs intérêts,
Dénaturés de tout sentiment réellement patriotique
Aux conséquences catastrophiques.
Qu’ensemble, ils fassent taire la peur de leurs différences
Autrefois sources de tolérance.
Que leurs boucliers de souffrance ne soient plus
Les armes de destruction de leur indépendance
Mais plutôt l’ascension d’une communauté vers sa souveraineté.

Je ne suis qu’un élément qui au seuil de son été
Est venu s’enraciner au pays merveilleux du cèdre désœuvré.
Née sur le sol d’une patrie dite « mère de ta terre »
Dix années de cette folle complexité ne peuvent plus se taire.
Amoureuse de cette nouvelle fratrie qui m’a adoptée
Deux graines fécondées ont été plantées.
Fruits nourris par le mélange de deux nations
Ils font aussi partie de ta nouvelle génération.
Seront-ils les témoins de ta forêt enfin recomposée ?

Enfants des cèdres,
Etes-vous seulement conscients qu’au coeur
De ce territoire infiniment petit,
Le destin infiniment grand de toutes les patries
Vous a été remis ?
Territoire béni
Quand cesseras-tu d’être l’enjeu de ceux
Qui désireux d’augmenter leurs gains prétentieux,
T’utilisent à leurs profits et se déchirent en ton sein
Un destin qui se doit tien ?
Quand verras- tu ton peuple uni prendre le bon chemin ?

Que tes habitants avec fierté
Se laissent envahir par leurs racines communes,
Que s’étendent leurs branchages au-delà de leurs infortunes.
Qu’ainsi la grande forêt reconstituée
Comme un seul cèdre millénaire
Laisse par son sommet se déployer la lumière.
Que flotte ton étendard avec humilité
Modèle d’une nouvelle prospérité.
Que ton seul nom ne fasse plus trembler le monde
Mais l’anime d’une divine onde.
Que désormais tu sois le lauréat d’un avenir florissant
L’exemple que la diversité fait la force des êtres bien pensants
Que tu deviennes enfin porteur de paix pour l’humanité.




KM Espérance
Beyrouth, le 02 mai 2008
katelmar@hotmail.com

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