samedi 15 mars 2008

Palestine Résistance


Lucie AUBRAC :
Le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Palestine et propagande

Pour ceux qui ont connu les deux guerres du Golfe et celle du Kosovo, la manière de restituer ce qui se passe en Palestine, adoptée par quasiment tous les médiats, appelle une confrontation saisissante entre la vision actuelle qu’on nous donne du conflit, et celle qui régnait alors.
Alors la télévision et la radio se faisaient volontiers le porte-parole de l’OTAN. On découvrait sur le petit écran des reportages à charge contre les « cruels et malfaisants dictateurs, assassins, fascistes, violateurs des droits de l’homme ». Des chiffres pleuvaient sur nos têtes, 200 000 morts par ci, des centaines de milliers par là. Des visages striés par les larmes et la souffrance, en très gros plan, pulvérisaient notre émotion en gerbes réprobatrices, des fumées, des prisons, des portions de terre retournée, des miliciens et officiers à l’air déterminé et menaçant accompagnaient des récits de massacre, d’ethnocide, de génocide, d’épuration, et les trémolos dans la voix des commentateurs ponctuaient de leur chevrotante basse continue l’angoissant accompagnement musical, noir à souhait, qui servait à illustrer cet enfer sur terre. Car Serbes et Irakiens passaient à peine pour des êtres humains. Leurs victimes étaient de pauvres innocents que des féroces soldats égorgeaient dans les sillons. On rameutait, pour bien désigner l’ennemi et l’ami, les souvenirs d’Auschwitz, de l’Anschluss, des camps de concentration, et on trouvait imparablement à chaque coup un corps décharné, aux côtes saillantes, et de grands yeux effarés, fixés sur un horizon vide, pour bien faire entrer dans le crâne des bâfreurs occidentaux assis devant leurs platées vespérales, quels étaient les criminels innommables que les forces coalisées du Bien écrasaient comme des cafards.
On sait aussi quels ont été les mensonges qu’on a déversé dans l’enceinte même de ce machin impuissant qu’est l’ONU, sans que les journalistes, idiots ou non, aient le courage ou l’intelligence d’en souligner l’absurdité pour éclairer nos lanternes.
Et maintenant, vous avez un Etat, dont la légitimité n’existe que pour ceux qui procèdent à une lecture littérale de la Bible, qui a usurpé sa présence et sa légitimité dans une ancienne contrée périphérique de l’Empire ottoman, qui s’est taillé un territoire par le terrorisme et l’intoxication, qui a déporté, expulsé des populations autochtones, qui s’est doté d’armes de destruction massive dont il serait probablement le seul, sur la planète, à se servir sans état d’âme, qui a parqué les indigènes dans des ghettos qu’il affame, humilie, dont il détruit systématiquement, avec une méthode digne de génocidaires émérites, tous les moyens de s’élever culturellement, ruinant les écoles, les facultés, les infrastructures, vouant ainsi ces populations à une survie proche de celle des bêtes, voilà un Etat dont la doctrine officielle est fondée sur la loi du sang, qui se considère comme la manifestation eschatologique d’un destin électif voulu par Dieu, un Etat qui estime que la Terre qu’il a conquise dans la terreur lui était prédestinée, et qu’elle vaut bien tout le sang qu’elle a fait couler et qu’elle absorbera, un Etat, qui dérobe cette Terre, la dévore par bribes en disséminant parmi ses légitimes propriétaires, avec l’accord tacite de nations complices, des métastases appelées colonies, un Etat qui pratique sans souci, sans susciter de commentaires désobligeants, ce qu’il appelle des « assassinats ciblés », et qui est tout simplement du terrorisme.
Cet Etat ne devrait-il pas provoquer une vague de révolte parmi les peuples du monde, les chancelleries, les ministères des affaires étrangères ? Nos journalistes et nos intellectuels, qui dégainent leurs petits livres des droits de l’homme plus vite que leur ombre, ne seraient ils pas fondés de condamner, avec la gravité qu’ils savent si bien utiliser, ces crimes contre l’humanité ?
Eh bien non ! Là où n’importe quelle nation commettant ces méfaits serait rejetée de l’Humanité comme scélérate, on présente l’Etat sioniste, sa politique, ses actions, comme allant de soi, comme de la légitime défense. Ainsi met-on sur le même plan, en dramatisant de ce côté, en atténuant de l’autre, les tonnes de bombes incendiaires ou à fragmentation, les missiles hautement perfectionnés, les tanks invulnérables, et les quelques roquettes qui n’ont souvent le tort que d’empêcher de dormir. Ainsi ajoute-t-on, à chaque tempête de fer et de feu déversé sur des civils, qu’elle répond à ces tirs de roquettes. Ainsi habitue-t-on l’opinion à jauger une vie israélite comme infiniment plus précieuse qu’une vie arabe. On s'accoutume aux centaines, aux milliers d’existences musulmanes fauchées par les balles et les bombes sionistes. On considère comme une catastrophe toute vie juive détruite par la légitime défense palestinienne.
Et, subrepticement, on façonne une vision partiale du conflit. En voyant des Israéliens vêtus à l’Européenne, parlant souvent très bien les langues européennes, habitant des quartiers ressemblant à ceux qui se trouvent en Europe ou en Amérique, en laissant parler, sans esprit critique, leurs représentants, qui savent manipuler les consciences comme des experts formés dans les universités occidentales, face à des Palestiniens désespérés, réduits à des gestes ultimes, poussés par la rage de se voir abandonnés par des Etats musulmans ayant vendu leur honneur aux Yankees, des musulmans pauvres, hurlant, gesticulant en enterrant rapidement leurs morts, l’Occidental repu, lâche, égoïste, poreux à la propagande, se dit que nous est montrée à la télévision l’éternelle lutte de la civilisation contre la barbarie, du Bien contre le Mal.
Et il ne reste plus alors aux journalistes qu’à notifier, au détour d’une phrase, de manière pour ainsi dire anodine, que Jérusalem est la capitale d’Israël. Le tour est joué et la Terre peut continuer de tourner pour les menteurs et les assassins.

Claude Bourrinet